• - Je t'ai déjà dit que je te détestais? râla Asher, en arrachant les derniers fils de la toile d'araignée dans laquelle s'était emmêlé Nathaniel.

    Celui-ci ne répondit pas, se contentant de bouder. Evidemment qu'il savait qu'Asher ne l'aimait pas, il le lui répétait sans cesse. D'ailleurs, Mahault et moi exceptée, personne dans notre joyeuse bande ne l'appréciait. Et en ce qui me concernait, je commençais à avoir de plus en plus de mal à le supporter. 

    Nous étions passés par la trape, et déambulions dans un long tunel obscur, à peine éclairé par des minuscules torches rogeoyantes. Les parois de roche et de terre aux contours incertains qui nous entouraient me rappelaient un film, mais je ne savais plus lequel. L'atmosphère était lugubre. 

    Ceux d'entre nous qui étaient des créatures nocturnes ou des prédateurs voyaient parfaitement dans les ténèbres, ce qui concernait les vampires, les nécromanciens, les loups et les tigres. Asher parvenait malgré tout se repérer correctement, ce qui n'était évidemment pas le cas de Nathaniel. Pour l'instant, je commençais vraiment à regretter de l'avoir emmené.

    Enfin, nous pûmes reprendre la route. Rowtag ouvrait la marche, quelques mètres devant nous, en bon éclaireur, et je le suivais, en restant près des autres, surtout de Mahault. Jack se tenait également près de ma soeur, suivit de Nathaniel et Asher. Castiel fermait la route, tous ses sens de loup en éveil. Nous étions tous d'accord pour dire que le calme qui régnait était inquiétant et anormal. Nous aurions dû entendre les cris des âmes torturées, les rires émanant des Champs Elysées, ou ne serait-ce que le tremblement du sol enfermant Shrosouls, les aboiments de Cerbère, la voix d'Hadès...

    Le couloir s'élargit subitement et, enfin, les bruits nous assaillirent. Dans un coin, je repérai Gabriel, le demi-dieu qui m'était apparut au début de mon séjour à Londres. A côté de lui, Hadès et Perséphone sur leurs trônes. La reine picorait des graines de grenade. En nous voyant arriver, le dieu se leva. Nous mîmes tous un genou à terre, tête incliné, bras droit plié sur la poitrine, la main sur le coeur.

    - Relève-toi, jeune héritière de Kalissa. C'est plutôt moi qui te dois le respect profond que tu me témoignes, déclara Hadès, sa voix emplissant l'habitâcle.

    Le silence se fit, et nous nous redressâmes. Le roi des Enfers  s'avança jusqu'à Mahault, qu'il considéra longuement avec intéret. 

    - Bonjour à toi, dernière des nécromanciennes. Mon palais est ta demeure.

    Ma soeur inclina doucement la tête, parfaitement calme. 

    - C'est un bien curieuse assemblée que tu as là, continua le dieu. Le dernier des tigres à dents de sabre, la dernière des nécromancienne, le prince des loups, le célèbre vampire des glaces, le métamorphe favorit d'Artémis, et un guérisseur.

    Le ton sur lequel il avait prononcé le mot "guérisseur" prouvait qu'un nouveau nom venait de se rajouter à la liste des personnes qui n'aimaient pas Nathaniel. Je me tournai vers mon frère. Il m'avait caché être si proche d'Artémis, mais ça ne pouvais qu'être un avantage. 

    Castiel avait un regard étrange, posé derrière la reine. Il sentait quelque chose, que je ne tardai pas à sentir aussi. Le feu qui brûlait en moi se camouflait non loin de Perséphone. Inccube et Succube nous regardaient. Je réprimai un frisson: hors de question de les laisser comprendre qu'ils m'effrayaient.

    Je m'approchais d'Hadès, tout en fusillant Gabriel du regard. Je savais que les dieux n'avaient pas le droit de juger leurs enfants, mais cet enfoiré avait choisi le camp de Shrosouls, comme la majorité des créatures des ténèbres. Le voir sourire en face de moi, savoir qu'il cautionnait les traitements qu'on avait fait subir à ma soeur, à moi, à mes proches, sa seule existance me déchirait les tripes. Peut m'importait le présence du dieu, je fixai cet homme, et déclarai de ma voix la plus suave:

    - Je vais te tuer, tu sais. Un jour ou l'autre, je vous tuerai tous. Tu n'as pas choisi le bon camp.

    - Peut-être que la mort ne m'effraie pas, répondit-il calmement.

    S'il avait été de notre côté, je l'aurais adoré.

    - Peut-être que je suis résigné, que je n'ai plus peur de l'avenir. Peut-être que j'ai trouvé un sens à ma vie, continua le demi-dieu.

    - Tu es conscient que les âmes des créatures que je tue sont détruites? Que tu ne reverras jamais ni ces lieux, ni ton père? demandais-je, glacée.

    Il sourit, un sourire frais et chaud à la fois, qui monta jusqu'à ses yeux bruns, chassant l'étincelle sinistre qui y brillait. C'était un vrai sourire, un sourire sincère.

    - J'aurais préféré me jeter dans le Styx plutôt que de brûler ici. J'ai fait mon choix, Killer. Ma décision est irrévocable.

    Il s'assit aux pieds de la reine, signifiant ainsi que la conversation était terminée. 

    Mahault était calme comme jamais. Elle semblait plus qu'heureuse ici. C'était presque effrayant. Elle caressait les ossements jonchant le sol, contrôlait les âmes qui passaient par là, se collait contre Cerbère... Nathaniel lui lançait des regards écoeurés.

    Le sol trembla. Les cris abominables de Shredder Of Souls retentirent, menaçants, assourdissants. La plupart des âmes présentes s'éloignèrent, sauf une: celle d'Asmina, la sorcière fantôme. Des rires nous parvinrent du fin fond des abysses, sinistres, malveillants. Le démon voulait que nous ayons peur, et il arrivait à effrayer la plupart des âmes présentes, ainsi que la reine, Nathaniel, et Asmina. Néanmoins, cette dernière ne s'éloigna pas. 

    Gabriel souriait toujours. 

    Mahault aussi et, je le compris plus tard, j'en faisais de même. Sauf qu'en ce qui me concernait, c'était un sourire sadique plutôt que d'extase.

    - Monseigneur, commençai-je en me tournant vers Hadès, j'aimerai avoir une conversation avec vous.

    Il inclina la tête, et me fit signe de le suivre. Gabriel le suivit, et, instinctivement, Castiel en fit de même pour moi. Le dieu avait donné vie à son fils, et j'avais fait du loup un hybride. Nous étions leurs créateurs, et eux nos créations. 

    La salle où nous nous assîmes était ovale, avec, au centre, une marre de lave. Hadès prit place sur un siège creusé dans la roche, et son fils s'assit à ses pieds. Je fis de même, face au roi des Enfers. Castiel, lui, resta debout à mes côtés, les bras croisés. Hadès prit la parole.

    - Bien que la plupart de mes enfants (il jeta un coup d'oeil à Gabriel), ainsi que beaucoup des créatures que j'affectionne, aient choisi de rejoindre Shredder of Souls, je ne peux te cacher qu'il est dans mon intéret que ce démon soit vaincu.

    - Vous représentez le Mal, résumais-je. Il vous vole votre place, et vous discrédite aux yeux du monde.

    Un sourire un peu effrayant s'étala sur son visage, et il se redressa. Un aura noire apparu autour de lui.

    - Tu as parfaitement comprit. Mais ne te voile pas la face, Killer. Tu es un vampire, et le Mal coule dans tes veines. C'est d'ailleurs pour ça que les loups-garous ont été créés: pour que les vampires aient un ennemi qui soit leur égal. Voilà pourquoi ces deux espèces ne peuvent s'unir.

    Dans ma tête, je sentis Castiel se crisper. Une vague de haine rougeâtre s'échappa de son corps. Je compris que cette pièce devait être celle qui donnait vie aux émotions. Je fis donc de mon mieux pour enfermer les miennes à double tour. Personne ne devait comprendre ce qu'il se passait en moi.

    - Ah? Et qu'en est-il des hybrides? questionnai-je, neutre.

    Hadès arqua un sourcil impressionné, et son aura ondula. Gabriel resta immobile, les yeux rivés sur moi.

    - C'est une maîtrise impressionnante de tes émotions que tu affiches là, Killer. La seule personne que j'aie vu se contrôler aussi bien est mon fils favorit.

    Il désigna Gabriel d'un mouvement de main. Il était vrai que le garçon restait stoïque, à la manière de Lysandre, et qu'aucune émotion de s'échappait de lui. Je me concentrai à nouveau sur le Dieu des Enfers.

    - Vous n'avez pas répondu à ma question, dis-je doucement.

    Sourire sadique.

    - Les hybrides sont des loups, à la base. Tôt ou tard, ils ne supporteront plus de boire du sang, et tueront leur créateur. C'est la règle principale, dans notre monde: les ennemis d'un jour le restent toujours.

    Du bleu s'échappa de Castiel, réhaussé de rouge. Il avait peur, et le cachait derrière sa rage. Mais dans cette pièce, impossible de tromper les autres. Les discutions se faisaient à coeur ouvert, et les sentiments prenaient forme. Littéralement.

    Je dus faire un effort hors du commun pour ne pas laisser parraître ma peur. Je savais qu'Hadès n'avaient pas pour but de nous tromper, et que ses déclarations étaient sincères. Un rictus moqueur étira les lèvres du demi-dieu à ses pieds, tandis qu'il ne décrochait pas son regard du mien.

    - Tu as peur, Killer, déclara-t-il. Tu devrais pourtant savoir que s'enticher d'un ennemi naturel n'est pas une chose à faire.

    - Je n'ai pas peur, répondis-je, avec moins d'assurance qu'au début. Et ce débat ne nous mène à rien. Je veux savoir comment tuer un démon des abysses.

    Le visage de Gabriel n'exprima rien, mais autour de lui, l'air ondulait. Il avait assez de maîtrise pour camoufler la couleur de son aura, mais cette phrase l'avait perturbé. Son père le regarda, et il haussa les épaules.

    - Shrosouls n'emploie que des hommes dans ses armées, car il pense que c'est ce qui fait sa force. Or, c'est là son point faible. Tes équipes sont mixtes, et c'est ce qui va te permettre de mettre ses armées en déroute. 

    Je le fixai en silence. Je voyais mal comment la mixité de mes troupes allait pouvoir être utile. Et je ne comprenais pas pourquoi il me donnait ces renseignements.

    - En quel honneur tu m'aides? lançais-je brusquement.

    Gabriel récita alors, de façon monotone, ce qui semblait être un texte apprit par coeur et annoné des centaines de fois.

    - Parce que si je dois loyauté à Shredder Of Souls, mon maître bien aimé, j'en dois plus à mon père, Dieu des Enfers, et à la noble cause qu'il défend.

    Un sourire satisfait s'installa sur les lèvres d'Hadès. Personnellement, je plaignais son fils. Car après tout, quoi de pire qu'être l'enfant du dieu le plus cruel, et leader des armées de la pire créature qui puisse exister? Ce garçon devait avoir des tendances masochistes, pour vouloir se mettre dans une aussi délicate position. Enfin, c'était sa vie, et non la mienne.

    - Tu n'as pas vraiment répondu à la question, fis-je remarquer calmement. 

    L'air autour de Gabriel continua à s'épaissir, si bien que l'on ne pouvait plus distinguer la roche derrière lui. 

    - On peut tuer un démon des abysses en le séduisant, puis en lui brisant le coeur, révella Gabriel un léger sourire flottant sur ses lèvres.


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  • - C'est précipité, disait Lysandre.

    - Ta gueule.

    - Appelles au moins des renforts, lâcha Nathaniel.

    - Ta gueule!

    - Moi, je vais avec elle. Elle a raison, et le monde des morts, c'est mon élément. Ils ne tueront pas la dernière des nécromanciennes, les interrompit Mahault.

    Puis, avec un air déterminé, elle vint se placer à mes côtés, les bras croisés sur la poitrine. Dans la même position que moi. Le petit groupe nous regarda en soupirant.

    J'avais, ce matin, annoncé ma décision quand à me rendre au Shakespeare Globe malgré le fait qu'il soit fermé. Presque tout le monde était contre mon idée d'entrer par effraction, à part Mahault, et, par conséquent, Jack. De plus, le jeune homme contrôlait la glace, ce qui lui permettait à peu près de voler, ce qui n'était absolument pas mon cas. Les pouvoirs des parapsychos étaient présents, mais très peu développés chez moi. Je soupçonnais le pouvoir d'Incube et Succube de me permettre de voler, mais je ne voulais plus l'utiliser. C'était un synonyme de pute. 

    - Peut-être qu'elle a raison, annonça Rowtag, coupant court à mes cris. On ne va pas attendre qu'ils nous tuent les uns après les autres à coup de rêves!

    Il vint se poster aux côtés de Mahault. J'adressai un grand sourire hypocrite aux autres.

    - Qui m'aime me suive! déclarais-je.

    Aucune réaction. Incultes. J'haussai les épaules, et me dirigeai vers la voiture. Asher me rattrapa, et déclara qu'il venait avec moi. Mes quatre compagnons de fortune grimpèrent donc dans la voiture, et je m'apprêtai à les suivre, quand Castiel attrapa mon poignet.

    - Je te suis, dit-il.

    Je lui adressai un sourire. Nathaniel soupira, et annonça qu'il venait aussi. D'après lui, nous aurions à coup sûr besoin d'un guérisseur. Ca ne me plaisait pas trop de laisser les autres sans surveillance, mais les visions de Lysandre leur permettraient de s'échapper en cas d'attaque.

    En tant que connaisseur de la ville - et pour cause, sa soeur y vivait - Nathaniel se glissa derrière le volant, et arpenta les rues londoniennes, jusqu'à notre destination. L'ambiance dans la voiture était assez étrange. A l'avant, Nathaniel et Jack n'échangeaient rien d'autre que des regards glacés et haineux. Derrière, Mahault, assise sur le siège du milieu, dormait, la tête posée sur mon épaule. J'étais assise derrière le guérisseur, et m'amusais de le voir regarder Jack de cette manière. Derrière le vampire, justement, était assis Castiel, qui regardait par la fenêtre, perdu dans ses pensées. Sur ses genoux, Asher, transformé en furet pour pouvoir rentrer dans la voiture, semblait pensif également. Enfin, autant que peut l'être un furet. Pour finir, Rowtag, en énorme tigre à dents de sabre qu'il était, avait choisi de s'allonger à nos pieds. J'essayais tant bien que mal de faire la conversation, ce qui n'était pas évident, car la moindre parole de Castiel, Jack ou Nathaniel était mal interprêtée par les deux autres, et le ton montait rapidement. Savoir que j'étais à l'origine du malaise entre ces trois-là me mettait légèrement mal-à-l'aise.

    - Est-ce que tu peux accélérer un peu, Nathaniel? demandais-je soudain.

    - Je suis au maximum indiqué par les panneaux, répondit le blondinet.

    Castiel et Jack ricannèrent. 

    - J'essaie d'imaginer ce que ça doit être, au lit, lança Jack. Mathilde, est-ce qu'il va aussi lentement?

    Castiel fronça les sourcils, puis lâcha:

    - Bah, tu sais bien qu'elle devait compenser, non? Ah non! T'as jamais essayé!

    - Au moins, avec lui comme avec moi, elle n'a pas simulé. On ne peut pas en dire autant pour toi, Castiel, cracha le guérisseur.

    Les insultes fusèrent de toutes parts. Je me sentais sale. Apparemment, exposer ma vie sexuelle aux oreilles de tous était un grand jeu pour eux. Malheureusement, ça n'en était pas un pour moi. Pendant une seconde, j'eus l'idée d'entraîner Jack et de coucher avec lui dans une ruelle sombre, pour voir quel effet ça ferait aux deux autres. Mais il  avait participé à ce jeu si drôle pour eux, et cette option ne le punirait pas. Je décidai alors d'employer la manière forte.

    - Sincèrement, je ne voix pas de quoi vous vous ventez. Toi, Nathaniel, tu es tellement impuissant qu'il fallait attendre des heures et des heures avant de pouvoir commencer à s'amuser, et encore, c'est un bien grand mot, lâchais-je, blasée.

    Le loup garou éclata de rire. Je me tournai vers lui.

    - Ah, ça te fait rire, Castiel? Je suis obligée de planter mes ongles dans ton dos pour te faire bouger moi-même si je veux ressentir ne serait-ce qu'un fourmillement quand tu me fais l'amour, lançais-je.

    Au tour de Jack de ricanner bêtement.

    - Parce que tu crois que tu vaux mieux qu'eux deux, toi? demandais-je. Mais pour ce que j'ai vu pendant que tu étais sous la douche, je pense que même une vierge de quatre-vingt ans, désespérée et suicidaire, ne voudrait pas de ça pour sa première fois. 

    Mahault me lança un regard qui signifiait clairement qu'elle était fière de moi. Brave petite. Le voyage reprit son cours, plus calmement, cette fois. 

    J'avais l'impression que nous roulions depuis des heures. De plus, je craignais que Mahault ne se rendorme, et qu'elle ne reçoive un nouveau rêve meurtrier. Aussi, je me conçentrais, et restais éveillée, bien éveillée. Bien que je sois un vampire, le sommeil m'attrirait, ces derniers temps. Que ce soit un envoûtement de Shrosouls ou une nouvelle mutation de mon corps, le résultat était le même: je pouvais à nouveau rejoindre les bras de Morphée de mon plein gré. Ce qui n'était pas une bonne chose. 

    Nous avions comprit, Mahault et moi, que le Démon ne pouvait nous envoyer de rêves que lorsque nous dormions toutes les deux en même temps. Nous nous reposions donc à tour de rôle. Mais, maintenant que je savais qu'elle était ma petite soeur, je ne pouvais m'empêcher de la laisser dormir plus longtemps que prévu. 

    En regardant par la fenêtre, je m'apperçus que nous étions déjà passé par cette rue. Je crus bon de le faire remarquer à notre chauffeur qui, vexé, grogna qu'il savait parfaitement où nous étions. Je n'en étais pas aussi sûre, mais c'était lui qui tenait le volant, pas moi. 

    Enfin, après avoir traversé cette rue en long et en large environ une dizaine de fois, Nathaniel s'élança à toute alure sur une petite route, et s'arrêta pile poil devant le théâtre, sur les dalles qui portaient le nom des donnateurs qui avaient permit sa reconstruction. Nous descendîmes donc, et ce fut Castiel qui formula à voix haute la question que nous nous posions tous.

    - Et comment est-ce qu'on va escalader? Ok, ce théâtre n'a pas de toit, mais il n'y a qu'Asher et crocs-blancs qui puissent voler.

    - Castiel, tu as aussi des crocs, je te signale, lui fis-je remarquer, vexée par ce surnom.

    - Ouais, grâce à qui?

    Ca, c'était petit. Je me retins de le frapper, mais eus une autre idée: de toutes mes forces, je le fis voler au dessus des murs. Ainsi, il pourrait rattrapper ceux qui suivraient le même chemin que lui.

    Asher se changea en un immense oiseau, fit grimper Nathaniel sur son dos, et attrappa Rowtag entre ses griffes, avant de s'envoler. Jack nous tendit la main, à Mahault et moi, et ordonna au vent de nous soulever. 

    C'était une sensation sans pareille que de voler ainsi, soulevée par le vent. Ma soeur s'accrochait à Jack, sourire aux lèvres. Elle avait dû voler de cette façon plusieurs fois déjà. Pour moi, c'était tout nouveau. Et génial, surtout. J'apperçus l'interieur des remparts du théâtre et, accessoirement, Castiel, l'air passablement énervé. Bien fait pour lui. 

    Pour ceux qui ne sont jamais allés au Shakespeare Globe, il s'agit d'une réplique de l'ancien théâtre, détruit pendant la guerre. De forme ronde, il ne possède pas de toit. Les gradins sont en arc de cercle, et la scène possède une trape. D'après la légende, celle-ci permet d'acceder aux Enfers. Les commédiens l'utilisent lorsqu'ils jouent le rôle de Satan, ou de Dracula, sans même connaître l'existance des véritables accès au monde des morts. La porte ne s'ouvre que pour les créatures surnaturelles, aussi le directeur du théâtre, un demi-dieu fils d'Hadès, s'assure de n'engager que des humains pour chacune de ses représentations. 

    - Hum. On fait quoi maintenant? demanda Castiel d'un ton sec.

    Je l'avais énervé. En temps normal, j'aurais essayé d'arranger les choses, mais je n'avais ni le temps, ni l'envie. Et les propos qu'il avait tenu, accompagné de Nathaniel et Jack, m'avaient profondément agacés. 

    Lançant un regard entendu à Mahault et Asher, je déclarai calmement:

    - On descend, quoi d'autre?


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  • POINT DE VUE MAHAULT

    La main fraîche d'Ambre sur mon front ne parvenait pas à calmer mes hurlements. A côté, j'entendais Mathilde hurler sur Nathaniel, mais je ne comprenais pas ce qu'ils se disaient. Tout était tellement distant... Seule la douleur me semblait réelle, cette douleur omniprésente qui brûlait mon corps. Mes plaies s'étaient réouvertes. Les cris augmentaient, mais c'était tellement loin... J'allais mourir. Après des années à côtoyer les morts, j'allais devenir l'une d'entre eux. C'était si... élémentaire que je n'avais pas peur. Plus maintenant. Mes cris se turent. Mes paupières s'abaissèrent. J'allais sombrer, puisque je n'avais plus rien à quoi me raccrocher. Mon coeur ralentissait.

    - Ambre! Mets lui un coup de poing sur le coeur! hurla une voix.

    - Pourquoi? répondit la blonde en pleurant.

    Elle m'avait été d'une grande aide, et je l'aimais bien. Mais elle était trop sensible.

    - Fais ce que je te dis!

    Un coup d'une puissance dont je n'aurais pas cru Ambre capable s'abattit sur ma poitrine, et je respirai à nouveau. J'ouvris les yeux, et vis Nathaniel penché sur moi. Mes blessures se refèrmèrent toutes seules, rapidement. Il réalisa également quelques rapides points de suture, puis me fixa, et siffla:

    - Si Mathilde meure parce qu'elle a voulu que je te soigne d'abord, je te le ferais payer.

    Mathilde? Elle avait fait passer sa vie avant la mienne? Mais elle me connaissait si peu... Et, contrairement à moi à son égard, elle n'avait aucune raison d'être attachée à ma personne. Curieuse, je suivai le blond, mais Asher m'intercepta, et m'entraîna dans une salle à part, seul à seule.

    - Mahault, tu vas bien? lança-t-il, inquiet.

    J'avais l'impression d'être une pauvre gamine sans défense.

    - Ouais, t'inquiètes pas, mais Mathilde...

    - Attends. Comment s'appelle ton vrai père, et à quoi est-ce qu'il ressemble? me demanda-t-il, très nerveux.

    Je lui jetai un regard perplexe. Qu'est ce que cette question venait faire ici? Il avait l'air si anxieux que je décidai néanmoins de lui répondre.

    - Roux aux yeux verts, et il s'appelle Paul Malkin. Mais je ne veux pas parler de lui. Il m'a abandonnée quand j'ai commencé à sentir mes pouvoirs.

    - Et ta mère? A quoi ressemble-t-elle?

    - Elle est brune aux yeux marrons, comme moi, et... Ben elle te ressemble beaucoup. Pourquoi?

    - Son nom, dis moi son nom! me pressa-t-il.

    - Andrea Johnson, mais pourquoi? questionnais-je, perdue.

    Il me regarda, hébété, puis se laissa tomber au sol, vidé de toute son énergie. Il fixait le sol avec des yeux fous, la tête dans les mains, et répétait "elle avait raison... Mais quel connard..."

    - Attends, Asher... Qu'est ce qu'il se passe? Dis-moi! implorais, totalement désorientée.

    Il avait été affectueux à mon égard, depuis que j'étais ici, mais il me semblait être ainsi avec tout le monde. Pourquoi les noms de mes parents l'accablaient à ce point? Je ne comprenais plus rien de ce qu'il se passait. Il leva ses yeux gris-bleus vers moi, et, les larmes aux yeux, déclara:

    - Paul Malkin est mon père, et Andrea Anderson la soeur de ma mère, ma tante... Tu... es ma demi-soeur et ma cousine.

    Whouaw. Whouaw. Je fis deux pas en arrière, et me genoux me lâchèrent. Asher me rattrapa avant que je ne m'effondre au sol. Alors mon père... Notre père avait mené une double-vie, et qui plus est avec deux soeurs... Mon estomac se serra, tant j'étais dégoûtée. J'eus seulement le temps de m'agenouiller, avant de rendre mon dernier repas sur le sol.

    Asher passa sa main dans mon dos, doucement, et murmura:

    - Ca va? Tu tiens le coup? J'aurais dû te le dire différemment...

    Je crachai ce qu'il me restait de vomi sur le sol, puis m'essuyai les lèvres d'un revers de manche.

    - Ouais, c'est... Ca va, je vais bien. De toute façon, j'ai pas le choix, je dois faire avec, déclarais-je.

    - Pourquoi tant de fatalité? On dirait que tu es résignée à ton sort, que tu es prête à accepter tout ce qu'il t'arrive. Pourquoi?

    - Que je l'accepte ou pas, rien ne changerait. Autant faire avec et ne pas me prendre la tête.

    Le brun... Mon... frère, me jeta un regard peiné. Je savais ce qu'il pensait. Ce que tout le monde pensait. Si jeune, et si accablée...

    PDV MATHILDE

    J'ouvris les yeux, parfaitement reposée, maîtresse de mon corps, tous mes sens en éveil. Je n'étais plus dans l'état comateux qui avait suivit ma première perte de conscience. Là, j'avais l'impression d'avoir dormi pendant douze heures, après une soirée particulièrement calme. Une odeur de Castiel envahit mes narines, et je compris que le truc chaud collé contre mon cou, c'était lui. Je caressai tendrement ses cheveux, puis me redressai, et découvris avec pitié que ma chambre s'était changée en refuge pour SDF.

    Les SDF en question étaient Jack, Nathaniel, Kentin, Asher et Allyssa enlacés, Ambre, et Mahault, dont la tête était appuyée sur le pelage de Rowtag. Un coup d'oeil à ma fenêtre m'indiqua qu'il faisait nuit. Je soupirai. Ces imbéciles avaient laissés la villa sans surveillance. Ils voulaient mourir, ou quoi? J'étais consciente qu'ils s'inquiétaient pour moi, mais tout de même!

    Je m'approchai de Rowtag, dont les flancs se soulevaient régulièrement, et glissai l'une des mèches rebelles de ma petite soeur derrière son oreille. Je ne savais toujours pas d'où me venait cette certitude qu'elle faisait partie de ma famille, mais voilà. Je le savais, c'est tout. Et puis, ça expliquait notre ressemblance physique. Car, bien qu'elle soit petite, châtain aux yeux marrons, nous avions le même visage, la même forme de corps, même si elle était un peu plus ronde que moi. Mais, ces quelques jours passés avec nous lui avaient presque fait retrouver une ligne idéale.

    Castiel gémit dans son sommeil, et je me tournai vers lui, doucement. Je ne voulais réveiller personne. Dans un simple murmure, je déclarai:

    - Je sais que tu ne dors pas, Jack...

    Celui-ci se leva, et me fit signe de le suivre. Ni l'un ni l'autre ne souhaitait réveiller le petit attroupement qui avait élu domicile dans ma chambre.

    Arrivés dans la pièce, je me servis un verre de sang, et en tendis un autre au vampire des glaces. A peine l'eus-je humé que je compris ce que c'était.

    - Depuis quand on a du sang humain dans cette maison, Jack? Il sent comme Allyssa!

    -Ouais, je... On a eu besoin de sang humain pour te guérir. Et comme ça nous rend plus fort que du sang de vache, tout le monde tourne à ça. Allyssa a accepté de donner un peu de son sang, puis on est allé à la banque de l'hôpital d'à côté...

    - Je ne veux pas de sang humain ici! m'exclamais-je à mi-voix.

    Jack soupira, et passa sa main dans ses cheveux.

    - Mathilde. On est en guerre avec une créature qui a faillit vous tuer, toi et Mahault, en vous envoyant juste un rêve. Il faut mettre toutes les chances de notre côté! Je ne veux pas perdre ma soeur. Ni toi.

    J'allais capituler, mais un brasier s'éveilla en moi. Mon regard changea, et il me sembla avoir encore meilleure mine que d'ordinaire. Le pouvoir de Succube monta en moi, sans que je puisse l'en empêcher. Je m'approchai de Jack, le frôlant, tournant autour de lui d'une démarcher sensuelle, laissant mes doigts effleurer la peau nue de son torse.

    - Du sang humain dans la maison? Alors qu'on pourrait... échanger les notres? sussurais-je à son oreille.

    Ma langue caressa le lobe de son oreille, tandis que mes doigts caressaient son torse. Un frisson remonta le long de son dos, et il prit une inspiration tremblante.

    - Ou mieux... On pourrait se servir... Directement à la source. Allyssa dort à poing fermés, continuais-je.

    Je passai mes mains sur sa braguette, et il écarquilla les yeux, avant de me forcer à boire mon verre prestemment. Je repris immédiatement le contrôle sur ma personne, et m'écartai brusquement de lui.

    - Je... J'étais pas vraiment moi, désolée. N'en parles pas à Castiel, s'il te plait! On vient de se remettre ensemble, je ne veux pas le perdre à cause d'un pouvoir débile super dur à contrôler!

    - Il n'a pas besoin de me dire quoi que ce soit, j'ai tout vu, lança une voix derrière moi.

    Une vague de froid s'abattit sur moi, et je me retournai vivement, pour découvrir avec horreur un Castiel au visage si fermé qu'il était pareil à du marbre. Je fis un pas vers lui, mais il m'arrêta sans même me toucher.

    - Non, c'est bon, ne dis rien. J'en ai vu assez.

    - T'es en train de me plaquer, là? dis-je d'une voix étranglée.

    - Non, parce que, après notre promesse, si je fais ça, on ne pourra plus jamais être ensemble, et crois-moi, c'est pas ce que je veux. T'as sûrement une très bonne excuse. Je te propose un break. On en reparlera quand Shrosouls sera mort.

    Avant que j'aie pu dire quoi que ce soit, il tourna les talons et s'en alla. Je fronçai les sourcils. Le lendemain, je me rendrai au Shakespeare Globe, qu'il soit ouvert ou pas. Là-bas se trouvait, d'après moi, un accès aux Enfers. Et les Enfers hébergeaient le fils d'Hadès qui commendait les armées du démon. Peut-être Shrosouls y serait-il aussi. Cette histoire prenait trop d'empleur. Elle avait faillit me tuer, tuer ma petite soeur, retardait une discution importante, et chamboulait le monde. Il était temps d'y mettre fin.

     

    i Hola, chicas! Il va me falloir un peu plus de temps pour écrire la suite parce que le chapitre sera plus long, et parce que j'ai d'autre fictions à gérer. Du coup, vous aurez largement le temps de faire assez de pub pour que ce chapitre obtienne trois commentaires! A vous de jouer!


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  • J'entendais des bruits de pas affolés autour de moi, et des phrases aussi, beaucoup de phrases formulées en même temps, mais je ne comprenais pas ce que ça voulait dire, je ne saisissais pas le sens des mots que j'entendais. Pourtant, c'était bien du français! Mon corps me faisait atrocement souffrir. Ca sentait beaucoup le sang, mais je n'arrivais plus à définir si il s'agissait du mien, ou de celui d'une autre personne. A quoi bon? Il y avait un goût étrange, dans ma gorge, que je n'identifiais pas. Mon dos était étendu sur quelque chose de froid, le sol sans doute. J'ouvris les yeux, et constatai que j'y voyais totalement flou. Des ombres un peu colorées dansaient devant mes iris, rien de plus. Je gémis. Puis le noir se referma sur moi.

     *

    *   *

     - Dégages de là, squatteur, t'as strictement rien à faire ici!

     - Ah oui, et qu'est ce qui me le prouve?

     - Mon poing dans ta gueule, c'est suffisant, comme argument?

     - Vas-y, je t'attends!

     Ces cris me tirèrent de l'état commateux dans lequel je me trouvais. Je me redressai, battis des paupières, et lâchai un gémissement pitoyable en remuant la tête. Mon cou me lançait. Les deux personnes en train de se hurler dessus étaient Castiel et Jack, face-à-face, une expression haineuse sur le visage.

     - Hummmm... Allez vous entre-tuer ailleurs, bande de crétins finis, et ramenez-moi Asher ou Nathaniel, grognais-je, de mauvaise humeur.

     Le visage de Jack s'illumina, puis se rassombrit lorsque Castiel s'approcha de moi. Le vampire le fusilla du regard, puis quitta la pièce. Je notai dans un coin de mon esprit qu'il faudrait que je lui parle, plus tard.

    L'hybride s'assit sur le matelas, à mes côtés, et je l'attirai contre mes lèvres. Mais, contre toute attente, il résista et se dégagea. Perdue, je lui jetai un regard blessé. Un sourire se dessina sur ses lèvres.

     - Ca fait longtemps que je me suis pas fait désirer, gamine, lança-t-il, un sourire en coin à se damner sur le visage.

     - M'en fous! Je te demande pas ton avis, alors viens là! râlais-je.

    Je l'attrapai par le menton, et tentai à nouveau de l'embrasser, mais il s'écarta une nouvelle fois, dans un éclat de rire.

    - Très bien, puisque c'est ça, je coucherais plus jamais avec toi! Après tout, c'est pas comme si t'étais un très bon coup, hein! déclarais-je en grognant.

    - De toute façon, vu l'état de ton corps, on couchera pas ensemble pendant un moment. Et je suis le meilleur coup de ta vie, débile, dit-il en riant.

    - Nan, c'était Nathaniel! rétorquais-je, mauvaise.

    Son sourire disparut immédiatement de son visage, et il colla brusquement ses lèvres contre les miennes, laissant nos langues s'entremêller. Lorsqu'il s'écarta de moi, il me regarda, très sérieux, et lança:

    - Alors? C'est qui le meilleur coup?

    - Hummm... Je crois que c'est toi, répondis-je tout aussi sérieusement. En plus, t'as les plus belles fesses du monde.

    Pour confirmer mes dires, je lui pinçai la partie désignée, avant de remarquer la présence de Jack, Nathaniel et d'Asher, à l'encadrement de la porte. Mon frère souriait. Le guérisseur, quand à lui, fixait Castiel d'un air mauvais, immité par le vampire.

    - On dérange, peut-être? lâcha Nathaniel d'un ton méprisant.

    - Non, justement, tu tombes à pic. J'étais en train de dire à Castiel qu'il avait un super cul. Vous voulez toucher? Je partage, pour une fois! répondis-je sans baisser les yeux.

    Asher éclata de rire, tandis que le visage des deux autres se décomposait. Castiel m'adressa un sourire rayonnant, et m'embrassa rapidement, puis s'avança vers la porte. Avant de quitter la pièce, il se retourna vers moi, et lança:

    - A plus tard, bébé. Dès que t'es oppérationnelle, je te fais monter au septième ciel!

    Il fit un clin d'oeil, puis s'éclipsa. Jamais il ne m'avait parlé de cette manière, et j'étais persuadée qu'il l'avait fait uniquement pour provoquer Nathaniel et Jack. En temps normal, il n'était pas aussi vulgaire, et ne m'appelait jamais "bébé". C'était un gros chercheur de merde, mais le plus beau de tous.

    - Bon, enlève ta chemise de nuit, que je regarde tes plaies, s'il te plait, lança Nathaniel.

    Je revins brusquement à la réalité.

    - Ohw, ohw, ohw, t'as dit quoi, là? Tu veux que je me foute à poil devant trois mecs? Nathaniel, je t'aime bien, mais pas assez pour te montrer mon cul!

    - Tu l'as déjà fait, pourtant, dit-il à mi-voix.

    - Pardon?!

    - Tu l'as déjà fait. J'ai déjà vu tes fesses, et même plus.

    Jack ouvrit des yeux grands comme des soucoupes, et resta bouche bée. Je fusillai le guérisseur du regard.

    - Arrêtes de dire ça comme si j'étais une pute. On est restés cinq ans ensemble, cinq putain d'années! C'est normal qu'on ai couché ensemble! Mais je suis avec Castiel, maintenant, et je vois pas où est le problème! En plus, c'est avec lui que j'ai perdu ma virginité.

    - Avant de te faire larguer comme une merde. Je comprends toujours pas comment t'as pu me quitter pour lui.

    - Attends, mais tu l'as pas prit comme ça, ce jour là! hurlais-je, outrée.

    Asher avait totalement cessé de sourire, et commençait à être en colère, tout comme Jack. Tous deux serraient les poings, et tremblaient.

    - Oui, je n'avais pas envie de comettre un meurtre! répliqua Nathaniel, amer. Il n'empêche que tu t'es conduite comme une vraie salope!

    - C'était l'année dernière! m'offusquais-je. T'as eu tout le temps de passer à autre chose! Et tu sais parfaitement que ça ne s'est pas passé comme ça! Je ne suis pas une salope!

    - Tu m'as utilisé pour te venger de lui, alors si, tu es une salope.

    Pourquoi me disait-il ça maintenant? Moi qui pensais qu'il avait totalement oublié cette histoire... Je ne comprenais plus. Une rage noire s'empara de moi.

    - Casses toi! hurlais-je, tout crocs dehors.

    - Non, parce qu'il n'y a qu'un seul guérisseur, ici, et c'est moi. Enleves ta chemise.

    - Pas devant toi! Je préfère crever!

    Le blondinet se jeta sur moi, et arracha le vêtement. Je me retrouvai en culotte, les seins nus, devant mon frère et deux garçons. Jack dû retenir Asher d'assassiner Nathaniel.

    - Je vais te tuer! sifflais-je, hors de moi.

    Je me jetai sur lui, et le fis voler à travers la pièce. Jack tenta de m'arrêter, mais il alla traverser le mur de ma chambre, avec un immense bruit de briques cassées. Je me tournai à nouveau vers Nathaniel, quand Lysandre entra dans la pièce, et me ceintura. Je ne voulais pas lui faire de mal, et fus contrainte de me calmer. De plus, mon corps me faisait horriblement souffrir.

    L'odeur du sang atteignit à nouveau mes narines. Le mien, mais pas seulement. L'odeur à la fois sucrée et amère du sang de Mahault, le mélange de vie et de mort, la plus parfaite des oxymores annihilait mes sens. Nathaniel fit un pas vers moi, tandis que, dans la chambre adjscente, Ambre appelait au secours, et Mahault hurlait.

    - Occupes-toi de Mahault! ordonnais-je à Nathaniel.

    - Non! Toi en première, Mathilde! répliqua-t-il.

    Je fermai douloureusement les paupières, et ne restai debout que parce que Lysandre me tenait.

    - Elle va mourir si tu ne la soignes pas! gémis-je.

    - Tu ne comprends pas, Mathilde! Tout à l'heure, tu as faillit mourir! Si je ne m'occupe pas de toi immédiatement, ça sera la fin! hurla le blondinet.

    J'avais du mal à comprendre, du mal à parler. Tout tournait autour de moi.

    - Je m'en fou... Sauves la, tant pis pour moi...

    - Tu es plus importante qu'elle!

    - Guérit ma petite soeur, ou je te tue! criais-je avant de sombrer dans les ténèbres.

    Pourquoi avais-je dit qu'elle était ma soeur? Je l'ignorai. Mais ce que je savais, c'était que j'avais raison.


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  • Cette fille. Elle n'est pas très jolie, ni très bien habillée. Elle est petite, et un peu trop ronde. Sans doute un léger surpoids, mais voilà, sa petite taille fait que ça se voit. Beaucoup. Elle a des cheveux châtain foncés, avec des reflets caramels, qui lui arrivent un peu plus bas que les épaules, un petit nez retroussé, de grosses joues, une bouche assez jolie, mais, lorsqu'elle sourit, on ne voit que ses petites canines, qui dépassent un peu trop. Ca la fait un peu ressembler à un vampire, je trouve. Elle a de toutes petites dents, et ces deux canines, qui ressortent. En plus, elle est plutôt pâle. Bon, d'accord, elle est carrément pâle. On dirait un cadavre. Le problème, c'est que ses joues et son front son un peu rouges. Des boutons d'acnée s'étalent sur sa peau, sur ces rougeurs. Rien de catastrophique non plus, ça se voit, oui, mais il y a pire. Et puis elle a de grands yeux marrons, qui brillent un peu. C'est joli. Mais son regard est plutôt sombre. Ca renforce le côté vampire tueur. Elle a trois boucles d'oreilles à chaque lobe.

    Cette fille, elle porte un t-shirt noir à col rond et à manche longues sans forme, un pantalon slim noir qui fait ressortir ses cuisses trop rondes, une veste en cuir noire, et des Dr. Martens noires venies, un peu usées. Une chaîne en argent, avec une bague en guise de pendentif est accrochée à son cou, ainsi qu'une autre chaîne, plus longue, avec une clé de sol. Elle a du verni noir sur ses petits ongles qu'elle se ronge inconsciemment, et fronce les sourcils en fixant Lucas Griault, un rugbymen de la classe. Ses vêtements noirs, et son style un peu rock'n'roll, le tout ajouté à ce regard meurtrier, ça donne des frissons. C'est vrai qu'en la regardant, on dirait une morte-vivante.

    Cette fille, moi, ça fait quelques temps que je la regarde. Non pas qu'elle me plaise, hein, pas du tout. C'est juste qu'elle est quand même très intriguante, dans le genre vampire psychopathe. Bon, en fait, je l'ai rencontrée pendant les vacances de Noël. Un de mes pote m'a traîné dans une fête organisé par un restaurateur, ouverte à tous. Et elle, ce sont ses parents qui l'y ont traînée. Mon pote m'a inscrit au karaoké, et elle s'y est inscrite aussi. La même chanson, comme par hasard. Ca fait très film de seconde zone, comme rencontre, non? Donc, on a chanté. Elle avait une très belle voix. Pourtant, c'était une chanson plutôt dure. Elle ne m'a pas adressé un regard. Dur, d'être ignoré.

    Cette fille, elle marmonnait, tout en fusillant le rugbymen du regard. En fait, depuis le début de l'année, il n'arrêtait pas de se moquer d'elle. Etant donné qu'on traîne un peu ensemble, je lui déjà fait remarquer que c'était une mauvaise idée de se mettre un vampire à dos. Il a juste rigolé. Elle était toute seule, ses amies devaient être partie voir Mannoé, la fille populaire de seconde, qui sortait avec un première. Elles l'aimaient bien. La fille aussi, desfois, discutait avec elle. Mais sans grand intérêt, apparemment.

    Quittant sa bande d'amis, Lucas s'approcha du vampire, et lui tendit son doigt, qu'il venait de s'écorcher - volontairement - sur le crépis du mur. Un peu de sang s'en échappait.

    - Eh, Cruella, t'as faim? lança-t-il, en jetant un regard à ses potes, hilares, restés en arrière.

    Sans doute s'attendait-il à une réplique mordante, car, lorsque la fille se leva et éclata de rire, son sourire disparut. Il ne comprenait pas ce qu'il se passait, et aucune des personnes présentes non plus, apparemment.

    - Ah, ah, elle est bonne, celle-là! lança Cruella de sa voix un peu enfantine.

    - Euh, content que ça te plaise, répondit Lucas, perdu.

    Elle arqua un sourcil méprisant, et glissa une mèche rebelle derrière son oreille, révélant ses boucles.

    - Non, il y a erreur. Ca ne me plait pas. Pas du tout, lâcha-t-elle d'un ton subitement devenue glaciale.

    Je m'attendais presque à la voir sortir ses crocs et bouffer Lucas. Mais non. Elle eut une réaction tout à fait humaine. Enfin, pour un garçon.

    Cette fille, elle s'approcha du rugbymen, et lui décrocha une droite phénoménale, devant les yeux hébahis de tous le lycée. Il fit deux pas en arrière, en titubant, puis s'avança, voulant sans doute répliquer. Il n'y parvint jamais.

    Cette fille lui asséna un coup de pied dans les bijoux de famille, et, alors qu'il se pliait en deux, un autre dans le nez. Du sang tapissa le béton. Lucas se redressa en geignant, mais elle se jeta sur lui, avec un regard plus noir que la nuit, attrapa sa tignasse, et lui explosa la tête sur le bitume. Dans l'assemblée, une fille cria.

    Avant que j'aie eu le temps deréfléchir, je la ceinturai, maintenant ses pieds à quelques centimètres du sol. Elle me traita de tous les noms, mais je l'emmenai le plus loin possible de Lucas, qui se redressait en pleurnichant, et s'en allait vers l'infirmerie.

    Ce ne fut qu'une fois arrivé dans le bâtiment, dans la cage d'escalier où j'avais souvent apperçu ses amies, que je la lâchai. Elle se retourna, et me jeta un regard noir.

    - J'ai pas besoin de baby-sitter, et surtout pas de la star musicale du lycée, merci, siffla-t-elle, furieuse.

    J'allais répondre, quand Rosalya, directrice du club théâtre, arriva comme une furie, et secoua Cruella comme un poirier.

    - Non mais t'es vraiment une sale gosse! On te laisse seule cinq minutes, et tu trouves le moyen de te faire remarquer! hurla-t-elle.

    Elle répondit quelque chose que je ne compris pas. Je haussai les épaules, et tournai les talons. Elle me lança un regard qui aurait presque pu passer pour un remerciement. Mais je savais que, comme moi, elle avait trop de fierté pour l'avouer.

    Cette fille, quand elle m'a regardé, son regard était captivant.


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